Rennes, le 10 novembre 2009
Objet : clarification au sujet de la promesse d’une loi statuant
sur les langues régionales.
Monsieur le Ministre,
Monsieur Jean-Jacques Urvoas, député breton (circonscription de Quimper),
faisait savoir dans un article de Ouest-France du 28 octobre que le gouvernement abandonnait l’idée d’un projet de loi sur les langues régionales. Il rapporte qu’un de vos conseillers l’aurait
évoqué lors d’une visite ministérielle à Saint-Jean-de-Luz le 16 octobre. Cette information a été confirmée et largement commentée à l'occasion des
19èmes rencontres interrégionales des langues régionales qui se sont tenues en Bretagne du 2 au 6 novembre et qui réunissaient des représentants de nombreux territoires de métropole et d'outre
mer: Réunion, Guyane, Martinique, Guadeloupe, Occitanie, Corse, Catalogne, Pays basque, Alsace et Bretagne.
Pourtant, le Président de la République, par le biais de Mme Albanel,
Ministre de la Culture vous précédant, avait promis un cadre législatif adapté à la situation des langues régionales en France à l’automne 2009, donc une loi. Nous sommes en novembre et nous
ne voyons rien venir !
Vous comprendrez, M. le Ministre, que cette annonce, quelques jours avant
celle de M. Besson souhaitant organiser un vaste débat sur « l’identité nationale », nous rend perplexe. Parler une langue régionale rendrait-il un citoyen moins
français ?
Notre groupe d’élus au Conseil régional de Bretagne a participé activement
à l’élaboration d’un plan de politique linguistique, voté à l’unanimité par le Conseil régional en 2004, mais qu’il nous est impossible de mettre en place correctement faute de compétence en
matière d’enseignement du breton. Nous savions l’inscription des langues régionales dans la Constitution symbolique, mais le mépris dont ferait preuve le gouvernement en revenant sur sa parole à
l’égard de cette demande nous laisserait penser que ce « geste » était d’ordre électoraliste.
A l'occasion des troisièmes
assises de la solidarité internationale en Bretagne qui se sont tenues à Brest les 23 et 24 octobre dernier, un intervenant du Sénégal, M. Raphael N'Diaye, qui anime une émission littéraire sur
la radio publique sénégalaise depuis plus de quinze ans, nous a dit combien le voyage au Sénégal de Pêr-Jakez Helias, grand auteur de langue française et de langue bretonne mais aussi admirable
conteur, avait marqué les milieux culturels de son pays. Ce témoignage récent rejoint beaucoup d'autres pour illustrer la place que les langues régionales de France occupent non seulement dans le
génie de l'humanité, qui est multiple par essence, mais aussi dans les rencontres multiculturelles et la compréhension entre les peuples.
La langue française est notre langue commune qui permet un enrichissement
mutuel; elle ne peut être conçue comme une langue unique qui serait synonyme d'appauvrissement.
Nous demandons que la langue bretonne ainsi que les autres langues de
France soient respectées au même titre que la langue française. L’inscription dans la Constitution doit se traduire concrètement par des moyens financiers mis à disposition du développement de la
diversité culturelle en France et particulièrement à l’enseignement. En somme, M. le Ministre, nous demandons simplement que la France se conforme aux principes fondamentaux énoncés dans diverses
conventions internationales qu’elle a ratifiées, en particulier celles récentes de l'UNESCO qu'elle s'enorgueillit d'avoir portées sur les fonts baptismaux.
Dans l’attente de votre réponse, nous vous prions, M. le Ministre, de
croire en nos sentiments républicains, bretons et universels les meilleurs
Pour le groupe UDB,
La présidente, Naig Le Gars.
Echanges/Eskemmoù