Monsieur le Président, Madame la Vice-présidente, chers collègues,
La contribution de notre institution au bilan de santé de la PAC, politique agricole commune va dans le sens de nos engagements de campagne. Je le rappelle, notre slogan était en 2004 : « 1 euro pour 1 euro » autrement dit « 1 euro pour l'agriculture conventionnelle = 1 euro pour l'agriculture bio et durable ». Nous ne plaiderons pas davantage pour ces propositions qui positionnent la Bretagne, première région agricole française, dans la perspective de reconnaissance de la vocation première de l'agriculture qui est la vocation alimentaire. Et nous ne pouvons que soutenir la seconde perspective de régulation des marchés par la régionalisation et la mutualisation des aides. Tout comme nous félicitons les rédacteurs du rapport pour sa pédagogie et sa lisibilité.
Alors oui, ces 14 propositions sont séduisantes, mais elles restent en deçà du nécessaire changement que le modèle agricole breton doit opérer. Ces propositions ne
peuvent constituer qu'une étape vers un objectif plus ambitieux de changement radical du modèle agricole dominant.
Premièrement, produire beaucoup et à bas prix pour l' exportation : la Bretagne est avec le Danemark, le pays d'Europe où le porc est le moins cher, et nous concentrons sur 5% du territoire
français, plus de 50% de la production animale. Le choix de l'exportation tire inévitablement les prix vers le bas puisque les produits se trouvent sur le marché mondial concurrentiel. Le choix
de l'exportation, c'est aussi celui de l'importation car pour produire autant de protéines animales, il faut 700 fois plus de protéines végétales. Et puisque le système productif pour ne pas dire
productiviste a abandonné le pâturage pour l'élevage hors sol, les importations massives de tourteaux de maïs ou de soja OGM sont estimées aujourd'hui à plus de 5 millions de tonnes alors que
nous avions voté à la majorité dans cette assemblée, le principe d'une Bretagne sans OGM du champ à l'assiette.
Enfin, il faut souligner que ces importations massives se font au détriment des cultures vivrières ailleurs. Avec le résultat connu : paupérisation puis fuite vers
les bidonvilles de populations importantes, 50 millions de paysans ruinés et affamés quittent leurs terres chaque année pour les bidonvilles.
Deuxièmement, nous posons la question des effets négatifs du modèle agricole breton qui sont en vrac : la fragilité du système car les centres de décisions échappent en partie à la Bretagne,
l'endettement des exploitants agricoles engagés dans la production intensive, les dégâts écologiques importants : dégradation de la qualité des eaux, dégradation du bocage et des paysages, les
dégâts sociaux... Que pèsent les 829 installations annuelles avancées par la Chambre d'agriculture pour justifier la validité du modèle agricole breton conventionnel d'aujourd'hui face à la
disparition de 18.000 emplois agricoles depuis 5 ans et au 15.000 disparitions supplémentaires attendues si nous continuons sur ce modèle "éliminator" ?
Un rapport récent de l'INRA souligne qu'il y a trois fois plus de candidats que de petites exploitations de moins de 50 hectares. Inversement, il y a trois fois plus de giga-exploitations de 50 à 200 hectares mises en vente qu'il n'y a de candidats. L'équation est simple: exploitations à taille humaine, circuits courts, plus-value, valeur ajoutée doivent être le nouveau credo de l'agriculture bretonne !
A ceux qui, aveuglement, croient encore à l'ancien système, nous mettons en avant le fait que la Bretagne occupe en terme de revenus agricoles la 20ème place sur 22 régions de France, soit une place inférieure aux régions en fortes déprises. La Bretagne occupe encore 21% des actifs contre 15% pour les autres régions. Elle produit 50% de la production animale hexagonale sur 5% du territoire. La quantité produite par actif agricole est supérieure de 30% à la moyenne "nationale", mais le résultat agricole par actif se chiffre à 11300€ contre 21000 pour la France. Où est la plus value dans tout ça ?
Et nous disons : attention à la fuite en avant ! Notre souveraineté alimentaire et la réponse aux enjeux de la crise énergétique passent aussi par des cultures de
substitution au soja ou au maïs. Je le répète : attention à la fuite en avant ! Car l'édito du « Paysan breton » de cette semaine titre : « Exporter, plus que jamais » alors que l'exportation
systématique a fait la preuve de son inefficacité pour créer de la valeur ajoutée et en ce qui concerne le maintien des activités agricoles. Aujourd'hui, le marché intérieur européen représentant
plus de 500 millions de consommateurs devrait être la priorité des régions agricoles productrices. La relocalisation de l'économie serait une réponse aux inquiétudes exprimées par James Hansen,
climatologue à la NASA : « la machine climatique est proche d'un dangereux point de bascule, il faut réformer les pratiques agricoles ». Plus que jamais, M. le Président, Vivons, travaillons,
produisons et consommons au pays !
Troisièmement, la légitimité des aides : faut-il un plafonnement ? Ces aides doivent-elles être soumises à conditions (par exemple l'impact social et écologique de leur utilisation) ? Le
bordereau n'aborde pas ces questions. Sachant que le fameux découplage continue, alors que les accords de Blair-House sont terminés, et que les aides à la production alimentent le dumping en
finançant le manque à gagner, puisqu'il s'agit bien de produire à perte pour pouvoir écouler sa marchandise sur le marché international.... un système de fou... alors que le marché intérieur
européen s'offre pour des produits de qualité répondant aux exigences des consommateurs. Un système de fou dénoncé par Sarkozy en personne lors de la conférence internationale de la FAO, tenue du
3 au 5 juin dernier à Rome : je le cite dénonçant « l'erreur stratégique historique de l'agriculture qui a depuis 50 ans favorisé les productions de rentes et d'exportations au détriment d'une
agriculture vivrière ». Et c'est un auteur que je ne cite pas souvent !
Et enfin, après la légitimité des aides, la finalité des aides : il nous faut garder à l'esprit que la vocation de l'agriculture n'est pas de produire des agro carburants, à l'heure où les
famines font un retour en force. La vocation première de l'agriculture est de nourrir. Après la plurifonctionnalité, une autre vocation de l'agriculture et de l'alimentation est d'être selon son
usage, une force de paix ou arme de guerre.
Pour ceux qui en douteraient, les chiffres que j'ai cités sont issus d'une bible qui est " Tableaux de l'économie bretonne 2008" éditée par l'INSEE.
Enfin, pour la gouverne de Mme Davy, je signale qu'à l'initiative de l'AFDI, Agriculteurs français et développement international Bretagne, association présidée par
Joseph Ménard, président de la chambre d'agriculture d'Ile et Vilaine, une table ronde aura lieu. Intitulée « la souveraineté alimentaire : un enjeu mondial », elle abordera l'autosuffisance
alimentaire et les cultures vivrières, au cœur des questions mondiales.
Monsieur le Président, Madame la vice-présidente, vous l'aurez compris, si nous avions des remarques à faire, elles étaient destinées à garnir le document présenté, et nous voterons pour.